D’origine anthropique et fortement utilisés jusque dans les années 1980 pour leur stabilité, les PCB ont largement contaminé les différents compartiments environnementaux. Leur forte rémanence et leur liposolubilité expliquent en grande partie qu’ils soient encore retrouvés dans tous les compartiments physiques et biologiques, malgré les réglementations de restriction puis d’interdiction de leur usage. Bien qu’une diminution globale de la contamination soit observée dans les différents compartiments, elle est à moduler selon la matrice et le lieu considérés.
Dans les eaux de surface de l’estuaire de la Seine, une chute des concentrations a été observée jusque dans les années 2000. Les concentrations sont aujourd’hui au niveau des limites de détection (de l’ordre de la dizaine de ng/L) et, hors épisode de rejet accidentel, cette matrice ne présente plus de contamination décelable dans le cadre des réseaux de surveillance.
La contamination de la ressource en eau des nappes souterraines de Haute-Normandie reste inférieure aux limites de détection usuelles (de l’ordre de la dizaine de ng/L). Certaines de ces ressources sont néanmoins importantes à surveiller, du fait de la proximité de sols contaminés (voir l’inventaire des sites et sols pollués).
Pour le compartiment sédimentaire, la contamination des affluents de la Seine, des fleuves côtiers normands et de la Baie de Seine est moindre que celle de la Seine et de son estuaire qui présentent des teneurs élevées en comparaison du reste du bassin versant (moins de 50 µg/kg PS pour les affluents , les fleuves côtiers et la Baie de Seine ; de l’ordre de la centaine de µg/kg PS pour la Seine et son estuaire). Malgré la moindre contamination des sédiments de la Baie de Seine, ils restent parmi les plus contaminés du littoral français. En ce qui concerne les sédiments de l’estuaire de la Seine, aucune évolution n’est visible depuis le début des années 1990, témoin d’une rémanence des composés et/ou d’un apport continu. Un certain nombre de points chauds ont également été mis en évidence avec des teneurs pouvant atteindre ou dépasser le mg/kg PS. Ces zones (Oissel, Poses) nécessiteraient une caractérisation plus fine de leur contamination pour mettre en place une gestion active de ces sédiments et éviter leur remise en suspension dans le milieu. En effet, les propriétés du compartiment sédimentaire et des PCB en font une zone de stockage de ces derniers. Le sédiment peut ainsi devenir une source secondaire de contamination en cas de remise en suspension, lors d’une crue, d’une tempête, de travaux,… La comparaison de ces teneurs aux critères d’évaluation écotoxicologique proposés par la convention d’OSPAR (1 10 µg/kg PS) montre que seuls les sédiments de la Baie de Seine respectent ces critères. Le niveau médian des teneurs dans les sédiments de l’estuaire et du bassin versant de la Seine est 7 fois plus élevé.
Les organismes filtreurs ont la capacité d’accumuler les contaminants présents dans l’eau et sont ainsi utilisés comme organismes sentinelles pour le suivi de la contamination de l’environnement. Pour les 7PCBi, les moules suivies à l’embouchure de l’estuaire de la Seine présentent de teneurs de l’ordre de 1000 µg/kg PS. Elles sont les plus contaminées du littoral français et aucune décroissance n’est mise en évidence depuis 25 ans. De plus faibles teneurs sont observées dans les moules prélevées dans le reste de la Baie de Seine (quelques centaines de µg/kg PS), moins marquées par l’influence du panache de la Seine. La comparaison de ces teneurs aux critères d’évaluation écotoxicologique fixés par la convention d’OSPAR (5-50 µg/kg PS) montre des dépassements quasi-systématiques pour les moules prélevées dans la Baie de Seine (jusqu’à un facteur 2,8 pour la station ‘Le Moulard’ à l’ouest de la Baie de Seine ; d’un facteur 11 à un facteur 37 pour la station ‘Cap de la Hève’ à l’embouchure de l’estuaire de la Seine).
La contamination des poissons est à discuter selon les espèces. Les poissons gras et/ou vivant à proximité du fond (contact avec le sédiment) seront les plus sujets à des contaminations élevées. C’est typiquement le cas de l’anguille qui présente des teneurs pouvant dépasser le mg/kg PF , contre quelques centaines de µg/kg PF pour le gardon. Les oiseaux consommant ces poissons sont également fortement exposés par leur alimentation : les cormorans vivant sur l’estuaire de la Seine présentent des teneurs supérieures à 10 mg/kg PF. La comparaison de ces teneurs aux critères d’évaluation écotoxicologique fixés par la convention d’OSPAR (1-10 µg/kg PF) montre des dépassements systématiques, quel que soit le secteur et l’espèce considérés.
La contamination des différents compartiments environnementaux illustre la rémanence des PCB et leur ubiquité dans le milieu. De plus, ces composés peuvent s’accumuler le long de la chaîne trophique, exposant ainsi l’homme par la voie alimentaire : des PCB sont ainsi retrouvés dans le lait maternel, les graisses ou encore dans le sang (quelques µg/L).
Télécharger l'étude 'Les PCB dans le bassin de la Seine et son estuaire' (Dargnat & Fisson, 2010)
| Mise à jour : 12/01/2012 | Imprimer... |
